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Cpa Blog De L'Acp

CPA Blog de l'ACP

  • 28 May 2018 by Shannon Dea

    [La version française suit.]


    Let’s be honest. In day-to-day campus life, we’re most likely to hear academic freedom invoked by faculty members pushing back against working conditions they disagree with. Whether the university is directing instructors to list “intended learning outcomes” on their syllabi, or adopting a new scheduling system that will give instructors less say about when they teach, profs inevitably respond by citing academic freedom. But, outside of cases like this, it is rare for scholars to actually discuss what academic freedom is and why it’s important.


    Until I started daily blogging about academic freedom, I didn’t know a lot about it either. However, I worried that debates about campus free expression were often misaligned with the principles of academic freedom. So, I set out to learn more and to share what I was learning.


    Academic freedom is defined in a range of international, national, provincial, and university-level statements. Each of them tells a slightly different story. Here are a few key texts:



    Here is a handy overview of these documents.


    As well, most Canadian universities have their own statements on academic freedom – very often in faculty association collective agreements, but sometimes also at the level of university policy.


    What emerges when you start to read these documents is that academic freedom is complex. In general, the fullest statements of academic freedom discuss the following elements:

    As well, some statements of academic freedom include discussion of institutional autonomy – the right of universities to determine their academic mission through the process of collegial governance. (In general, organizations like Universities Canada, which represent the university as employer, regard institutional autonomy as the institutional form of academic freedom. By contrast, CAUT, which represents faculty members as employees, emphasizes the academic freedom of individual scholars and treats institutional autonomy as importantly distinct from academic freedom.)

    While university associations and faculty associations typically characterize academic freedom slightly differently, it is possible to assemble a kind of “composite image” of academic freedom from the various policy statements about it. It looks something like this:

    Universities and university scholars play a special social role in the search for truth and the advancement of knowledge. In order to perform this role, they require academic freedom. Scholars must be free to decide on lines of inquiry; to choose research topics and methodologies; to create; to curate; to teach; to learn; to disseminate their scholarship and creations; to criticize the institution and to express their views extramurally. Further, they must be free from institutional censorship, including censorship of library collections. Academic freedom carries with it duties and responsibilities. In particular, scholars have the duty to use their academic freedom in a manner consistent with the scholarly obligation to base research on an honest search for truth. Scholarship (including teaching) should be conducted in accordance with ethical and professional standards. Scholars must not misrepresent their expertise, nor claim to represent the university.

    This composite image covers what most academic freedom statements say about the source of academic freedom, what the subsidiary freedoms are, and what the attendant responsibilities are.

    What my composite doesn’t do is indicate who has academic freedom. This is one of the contested questions in the domain. Everyone agrees that tenure-stream university professors have academic freedom, and most people agree that university librarians have academic freedom. The question is whether non-tenure-stream instructors, post-doctoral researchers, support staff, and students have academic freedom.

    Key academic freedom statements make clear that all teachers and researchers, irrespective of appointment type, ought to have academic freedom. However, there are few de jure protections of the academic freedom of most non-tenure-stream scholars. As we discussed in our last post, universities’ increasing reliance on precarious workers is thus a major threat to academic freedom, and by extension to the important social role played by universities. Finally, there is considerable disagreement over whether students – especially grad students – have academic freedom, and if so what types and to what degree.

    In short, academic freedom is important and complicated. The story gets even more complicated when we consider the interaction between academic freedom and constitutionally-protected freedom of expression, and try to prise apart academic freedom from campus free speech. We’ll take that up in our final post in this series.


    Shannon Dea is an Associate Professor of Philosophy at University of Waterloo. She works on history of philosophy, philosophy of sex and gender, teaching and learning, and social philosophy. She is the author of Beyond the Binary: Thinking About Sex and Gender (Peterborough: Broadview, 2016).

    The French translation of this blog post has been done by Guillaume Beaulac, researcher in philosophy and in cognitive science, working in philosophy of cognitive science, on critical thinking and in epistemology (especially social and applied).


    Qu’est-ce que la liberté académique ? Une image composite


    Soyons honnête. Dans la vie sur le campus, au jour le jour, le plus probable est que la liberté académique soit invoquée par des membres du corps enseignant qui repoussent des conditions de travail avec lesquelles elles et ils sont en désaccord. Que l’université demande aux enseignant-e-s de faire la liste des "objectifs d’apprentissage visés" sur leur plan de cours ou qu’elle adopte un système pour faire l’horaire des cours leur donnant moins d’espace pour s’exprimer au sujet des moments où elles et ils enseignent, les profs répondent inévitablement en mentionnant la liberté académique. Par contre, en dehors de cas comme ceux-ci, il est rare que des chercheur-e-s de véritablement discuter de la liberté académique et de pourquoi elle est importante.


    Jusqu’à ce que je commence à écrire des billets de blogue sur la liberté académique à chaque jour, je ne connaissais pas grand-chose à ce sujet non plus. Cependant, j’étais inquiète que les débats sur la liberté d’expression sur les campus n’étaient pas en phase avec les principes de la liberté académique. Alors j’ai fait en sorte d’en apprendre davantage et de partager ce que j’apprenais.


    La liberté académique est définie dans un ensemble d’énoncés faits aux niveaux international, national, provincial ou au niveau d’une université en particulier. Chacun de ces énoncés propose une histoire un peu différente. Voici quelques textes clé :



    Voici un survol pratique de ces documents.


    Notons aussi que la plupart des universités canadiennes ont leur propre énoncé sur la liberté académique – souvent dans les conventions collectives du personnel enseignant, mais aussi parfois au niveau des politiques de l’université.


    Ce qui ressort lorsque l’on commence à lire ces documents, c’est que la liberté académique est complexe. En général, les énoncés les plus complets proposent une discussion des éléments suivants :


    Notons aussi que certains énoncés sur la liberté académique incluent une discussion de l’autonomie institutionnelle – le droit des universités de déterminer leur mission académique à travers les processus de la gouvernance collégiale. (En général, des organisations comme Universités Canada, qui représentent les universités comme employeur, voient l’autonomie institutionnelle comme étant la forme institutionnelle de la liberté académique. En contraste, l’ACPPU, qui représente les membres du corps enseignant comme employé-e-s, met l’accent sur la liberté académique des chercheur-e-s individuellement et traite l’autonomie institutionnelle comme étant distincte de façon importante de la liberté académique.)


    Alors que les associations universitaires et les associations du personnel enseignant caractérisent généralement la liberté académique de façon un peu différente, il est possible de rassembler une sorte d’ "image composite" de la liberté académique à partir de ces différents énoncés à son sujet. Cela ressemble à quelque chose comme ceci :


    Les universités et les chercheur-e-s universitaires jouent un rôle social particulier dans la recherche de la vérité et de l’avancement des connaissances. Pour remplir ce rôle, elles et ils ont besoin de la liberté académique. Les chercheur-e-s doivent être libres de décider des orientations de leurs recherches ; de choisir leurs sujets de recherches et leurs méthodologies ; de créer ; de conserver ; d’enseigner ; d’apprendre ; de disséminer leur érudition et leurs créations ; de critiquer les institutions et d’exprimer leurs points de vue en dehors des murs de l’université. De plus, elles et ils doivent être libres de la censure institutionnelle, incluant la censure des collections des bibliothèques. La liberté académique porte avec elle des devoirs et des responsabilités. En particulier, les chercheur-e-s ont le devoir d’utiliser leur liberté académique d’une manière qui soit cohérente avec l’obligation savante de baser leurs recherches sur une recherche honnête de la vérité. Ces activités savantes (incluant l’enseignement) devraient être conduites selon des normes éthiques et professionnelles. Les chercheur-e-s ne doivent pas donner une impression incorrecte de leur expertise ni prétendre représenter l’université.


    Cette image composite couvre ce que la plupart des déclarations sur la liberté académique disent au sujet de la source de la liberté académique et de ce que sont les libertés et les responsabilités qui en découlent.


    Ce que mon image composite ne fournit pas est une indication de qui possède la liberté académique. Il s’agit d’une question controversée dans le domaine. Tout le monde est d’accord que les professeur-e-s d’université ayant un poste permanent ou qui mène à la permanence disposent de la liberté académique, et la plupart des gens sont d’accord que les bibliothécaires universitaires en disposent aussi. La question est de savoir si les chargé-e-s de cours ou autres membres du personnel enseignant qui n’a pas de poste qui mène à la permanence, les chercheur-e-s postdoctoraux, le personnel de soutien et les étudiant-e-s disposent de la liberté académique.

    Les énoncés clé au sujet de la liberté académique précisent que tou-te-s les enseignant-e-s et les chercheur-e-s devraient avoir la liberté académique. Cependant, il y a peu de protections de jure de la liberté académique de la plupart des chercheur-e-s n’ayant pas de poste qui mène à la permanence. Comme nous en avons discuté dans le dernier billet, la dépendance grandissante des universités aux employé-e-s à statut précaire est une menace majeure à la liberté académique et, par extension, à l’important rôle social joué par les universités. Finalement, il y a des désaccords profonds en lien avec la liberté académique des étudiant-e-s, principalement aux cycles supérieurs, à savoir de quel type est leur liberté académique et à quel degré celles-ci et ceux-ci peuvent en disposer.

    En bref, la liberté académique est importante et complexe. L’histoire devient encore plus complexe lorsque l’on considère l’interaction entre la liberté académique et la liberté d’expression telle que protégée par la constitution, tout en essayant de distinguer la liberté académique de la liberté de parole sur les campus. Nous allons consacrer le dernier billet de cette série à ce sujet.


    Shannon Dea est professeure agrégée en philosophie à University of Waterloo. Elle travaille en histoire de la philosophie, en philosophie du sexe et du genre, sur l’enseignement et l’apprentissage et en philosophie sociale. Elle est l’auteure de Beyond the Binary : Thinking About Sex and Gender (Peterborough : Broadview, 2016).


    La traduction en français de ce billet a été effectuée par Guillaume Beaulac, chercheur en philosophie et en sciences cognitives, travaillant en philosophie des sciences cognitives, sur la pensée critique et en l’épistémologie (surtout sociale et appliquée).






  • 19 May 2018 by Shannon Dea

    [La version française suit.]


    I  am delighted to launch the new CPA blog with a series of three posts about academic freedom. In 2018, it is more crucial than ever that academics understand and defend academic freedom, and philosophers in particular are well placed to do this work.


    Academic freedom is the foundation of the modern university. Mediaeval universities were associated with particular religious orders, and with the doctrines of those orders. By the turn of the 19th century, however, universities in Belgium and Germany had begun to articulate and defend the freedom to teach and to learn. In 1915, the then year-old American Association of University Professors (AAUP) codified academic freedom in its Declaration of Principles. Thereafter, it adapted its principles several times, and ultimately adopted the 1940 Statement of Principles on Academic Freedom and Tenure, which remains a founding statement of the principles of academic freedom.


    The 1940 Statement has been adopted by more than 250 scholarly bodies. While it is therefore of not only historical but contemporary importance, it is just one approach to academic freedom. What exactly academic freedom is remains contested. The various academic freedom statements that guide university policies and practices have lots of overlap with each other, but they also disagree on such questions as who has academic freedom, what responsibilities attach to academic freedom, and whether scholarly institutions have a form of academic freedom.


    At bottom, though, academic freedom is a distinctive class of freedoms possessed by scholarly personnel of certain types of educational and research institutions by virtue of the social role that they – both the personnel and the institutions – fulfill. It is not a single freedom, but rather an umbrella term for a number of freedoms, including the freedoms:


    • to decide on lines of inquiry
    • to choose research topics
    • to design methodologies
    • to teach as our expertise and judgment guide
    • to learn as our conscience and curiosity guide
    • to disseminate our scholarship
    • to publicly express our views as scholars


    While freedom of expression is part of academic freedom, it is not the sum of academic freedom. (And, as we’ll discuss in our final post – there is a difference between constitutionally protected freedom of expression and the freedom of expression that is a part of academic freedom.)


    In our next two posts in this series, we’ll more fully flesh out (1) the contours of academic freedom, as expressed in some key Canadian and international documents, and (2) the complicated relationship between academic freedom and freedom of expression.


    I want to devote the remainder of this post to sketching why I think it is crucial that we understand and defend academic freedom, and by pointing readers to philosophers who are already doing work in this area.


    Defending academic freedom

    Academic freedom exists so that scholars can take chances in their teaching and research – whether those chances amount to risky hypotheses, new methods, or politically controversial approaches. However, since its origins, academic freedom has faced a number of threats. These continue today, with some new ones added to the mix. Here is a quick inventory of just some of the challenges to academic freedom in 2018.


    • the precarification of universities: the purpose of tenure is to allow scholars to take chances in their work. Universities’ increasing reliance on sessionals and untenured instructors has produced a vulnerable academic workforce who are simply not in the position to take the same risks as tenured professors. Relatedly, the line between universities and polytechnics/community colleges is growing blurrier as governments and institutions work to develop better college-university pathways. Correspondingly, the line between college instructors (who do not typically have academic freedom) and university professors (who have academic freedom) is blurring. One Alberta philosopher employed at a polytechnic was recently terminated by employers who told him that he would be a better fit at an institution that values academic freedom.
    • the corporate university: we are increasingly seeing university programs and research projects relying on funding from and partnerships with corporations whose primary interest is profit, not the advancement of knowledge. In some cases, such partnerships compromise the free inquiry of university scholars.
    • the managerial university: the worrisome shift at some Canadian universities from a robust collegial governance model to a managerial model threatens academic freedom both by reducing scholars’ role in directing the university’s academic mission, and, in cases of controversy, by orienting universities toward risk management and public/donor relations rather than toward the defense of academic freedom.
    • threats by government: governments at both ends of the political spectrum have always threatened academic freedom. The Soviet Union strictly controlled research and researchers, and Margaret Thatcher scrapped tenure in the U.K. Today, over 1000 Turkish scholars face trial for their scholarly expression, and many are imprisoned. But government threats to academic freedom are often subtle. In recent years, we have seen Canadian governments targeting particular types of research via federal and provincial funding agencies. When governments produce funding feasts for some disciplines and famines for others, scholars and universities are at less liberty to independently decide on which programs of scholarship to pursue. Moreover, when governments impose on universities the requirement to “differentiate” (as we are seeing in Ontario), they remove decisions about the academic mission from collegial governing bodies – a further threat to academic freedom.
    • controversies over campus speakers: we have all seen recent media and social media flare-ups over controversial campus speakers and events, and over protests about those speakers. While I think that the threats to academic freedom I listed above are more worrisome than current controversies over campus speakers, it is important to recognize that much of the public, and many in government are deeply worried about what they see as the chilling of freedom of expression on campus. No doubt, some recent attempts to shut down controversial campus speakers constitute academic freedom violations. And some responses to so-called no-platforming themselves constitute academic freedom violations. We’ll delve into this stuff more deeply in my final post in this series.
    • internet attempts to blacklist particular scholars and programs: Turning Point USA’s Professor Watchlist names and shames left-wing professors; a prominent University of Toronto professor recently announced and then abandoned a similar project intended to name and shame social justice oriented professors, courses and programs in the hopes of shutting them down; and there are regular Twitter campaigns to get scholars of various political stripes fired. (Sometimes, these efforts go beyond attempts to get scholars sacked, and extend to threatening physical harm to them and their families.)


    Philosophers can help

    The need to bolster academic freedom is urgent. Philosophers can help with this. However, there has been relatively little recent work on academic freedom by philosophers.


    Here are some philosophers who have made recent contributions to our understanding of academic freedom and the related but distinct topic of campus freedom of expression. (I don’t agree with all of them, but all of them are worth reading.)


    • Sara Ahmed’s blog, feministkilljoys, often touches on issues related to academic freedom and campus freedom of expression and their intersection with equity and social justice. Here is a particularly nice example.
    • In the latest newsletter of the Society for Academic Freedom and Scholarship, Christina Behme offers a thoughtful analysis of whether there is a campus free speech crisis.
    • Political Philosopher Sigal Ben-Porath’s new book, Free Speech on Campus, deploys the concept of “inclusive freedom” in an attempt to balance free speech considerations with the need to protect vulnerable groups on campus.
    • Joe Heath sometimes writes about campus freedom of expression on the In Due Course blog. Here’s one such piece.
    • Alison Jaggar’s “Teaching in Colorado: Not a Rocky Mountain High; Academic Freedom in a Climate of Repression,” Teaching Philosophy 30.2 (2007) 149-172 discusses challenges to academic freedom in the present context.
    • Bleeding Heart Libertarian Jacob Levy’s talk on “Safe spaces, academic freedom, and the university as a complex association” is some of the smartest work I’ve seen on these questions.
    • Society for Academic Freedom and Scholarship president Mark Mercer often weighs in on academic freedom – both on the SAFS website and in the media.


    Last but not least, I have since January been writing daily blog posts at my blog Daily Academic Freedom and tweeting about academic freedom using the hashtag #dailyacademicfreedom. Daily blogging is a massive time-suck, but I keep at it because it seems to me that in 2018 it is crucial to improve the “academic freedom literacy” of both academics and members of the public. I hope that other Canadian philosophers will join me in this work.




    Shannon Dea is an Associate Professor of Philosophy at University of Waterloo. She works on history of philosophy, philosophy of sex and gender, teaching and learning, and social philosophy. She is the author of Beyond the Binary: Thinking About Sex and Gender (Peterborough: Broadview, 2016).

    The French translation of this blog post has been done by Guillaume Beaulac, researcher in philosophy and in cognitive science, working in philosophy of cognitive science, on critical thinking and in epistemology (especially social and applied).



    La liberté académique menacée : une courte introduction pour les philosophes


    Je suis ravie d’inaugurer le nouveau blogue de l’ACP avec une série de trois billets portant sur la liberté académique. En 2018, il est plus important que jamais pour les personnes faisant partie des milieux académiques de comprendre et de défendre la liberté académique. Les philosophes, en particulier, sont bien placés pour faire ce travail.


    La liberté académique est le fondement de l’université moderne. Les universités médiévales étaient associées à des ordres religieux particuliers et aux doctrines de ces ordres. Au tournant du xixe siècle, cependant, les universités en Belgique et en Allemagne avaient commencé à articuler et à défendre la liberté d’enseigner et d’apprendre. En 1915, l’American Association of University Professors (AAUP), n’ayant alors qu’une année d’existence, a codifié la liberté académique dans ses principes fondateurs (Declaration of Principles). Par la suite, l’association a adapté ses principes à plusieurs reprises et a, ultimement, adopté le 1940 Statement of Principles on Academic Freedom and Tenure, qui demeure aujourd’hui une déclaration fondatrice des principes de la liberté académique.


    La déclaration de 1940 a été adoptée par plus de 250 entités savantes. Alors qu’elle n’est donc pas seulement d’importance historique mais aussi contemporaine, il ne s’agit que d’une approche de la liberté académique. Ce qu’est exactement la liberté académique est toujours débattu. Les différentes déclarations sur la liberté académique qui guident les politiques et pratiques des universités se chevauchent largement, mais l’on y retrouve aussi des désaccords sur des questions liées à qui dispose de la liberté académique, à quelles sont les responsabilités jointes à la liberté académique et à savoir si les institutions elles-mêmes ont une forme de liberté académique.


    Au fond, cependant, la liberté académique est une classe distincte de libertés possédées par le personnel savant d’un certain type d’institutions ayant des visées d’éducation et de recherche en vertu du rôle social qu’ils—les institutions et le personnel—remplissent. Il ne s’agit pas d’une seule liberté, mais plutôt un terme parapluie pour un certain nombre de libertés, dont les libertés de :


    • décider des orientations de la recherche
    • décider des sujets de recherche
    • élaborer les méthodologies
    • enseigner en suivant le guide de notre expertise et de notre jugement
    • d’apprendre en ayant comme guides notre conscience et notre curiosité
    • de disséminer notre recherche et nos savoirs
    • d’exprimer publiquement nos points de vue en tant que chercheur-e-s


    Alors que la liberté d’expression fait partie de la liberté académique, il ne s’agit pas d’une addition de libertés académiques. (Et, comme nous en discuterons dans le dernier billet, il y a une différence entre la liberté d’expression telle que protégée par la constitution et la liberté d’expression qui fait partie de la liberté académique.)


    Dans les deux prochains billets de cette série, nous allons définir plus précisément (1) les contours de la liberté académique, telle qu’exprimés dans des documents clés au Canada et ailleurs dans le monde et (2) la relation complexe entre la liberté académique et la liberté d’expression.


    Je veux consacrer le reste de ce billet à esquisser pourquoi je pense qu’il est essentiel que l’on comprenne et défende la liberté académique et en suggérant, aux personnes lisant ce billet, des philosophes qui ont déjà fait du travail dans ce domaine.


    Défendre la liberté académique


    La liberté académique existe pour que les personnes au sein du milieu académique puissent prendre des risques dans leur enseignement et dans leur recherche — que ces risques soient liés à des hypothèses elles-mêmes risquées, à de nouvelles méthodes ou à des approches politiquement controversées. Cependant, depuis ses origines, la liberté académique a fait face à de nombreuses menaces. Celles-ci persistent aujourd’hui, avec de nouvelles menaces qui s’ajoutent au lot. Voici un survol rapide de quelques menaces à la liberté académique en 2018 :


    • la précarisation des universités : la raison d’être de la permanence est pour permettre aux personnes travaillant dans des milieux académiques de prendre des risques dans leur travail. Les universités, ayant de plus en plus recours à des enseignantes et des chargé-e-s de cours et des enseignant-e-s qui n’ont pas la permanence, ont produit une main-d’oeuvre universitaire vulnérable qui ne sont pas en position de prendre les mêmes risques que des professeur-e-s ayant leur permanence. De façon connexe, la ligne entre les universités et les instituts polytechniques ou collégiaux devient plus floue alors que les gouvernements et les institutions développent un meilleur passage entre les collèges et les universités. Parallèlement, la ligne entre les enseignant-e-s dans les collèges (qui n’ont généralement pas de liberté académique) et les professeur-e-s d’université (qui l’ont) devient aussi plus floue. Une personne travaillant en philosophie en Alberta dans un institut polytechnique s’est récemment fait renvoyer par son employeur qui lui a dit qu’elle serait plus confortable dans une institution qui voit d’un bon oeil la liberté académique.
    • l’université corporative : l’on voit de plus en plus de programmes universitaires et de projets de recherche qui dépendent de fonds venant de et de partenariats avec des entreprises dont l’intérêt premier est le profit, et non l’avancement des connaissances. Dans certains cas, ces partenariats compromettent la liberté de la recherche des chercheur-e-s universitaires.
    • l’universié managériale : dans certaines universités canadiennes, un glissement inquiétant d’un modèle de robustes pratiques de gouvernance collégiale à un modèle managérial menace la liberté académique autant en réduisant le rôle des chercheur-e-s dans la direction de la mission académique de l’université et, en cas de controverse, en orientant l’université vers la gestion du risque et la relation entre l’université et le public/les donateur-trice-s plutôt que vers une défense de la liberté académique.
    • menaces des gouvernements : les gouvernements aux deux extrêmes du spectre politique ont toujours menacé la liberté académique. L’Union soviétique contrôlait de façon stricte la recherche et les chercheur-e-s, puis Margaret Thatcher a jeté aux ordures la permanence au Royaume-Uni. Aujourd’hui, plus de 1000 chercheur-e-s en Turquie font face à des procès pour l’expression de leur point de vue en tant que chercheur-e et plusieurs sont en prison. Mais les menaces du gouvernement contre la liberté académique sont souvent plus subtiles. Dans les dernières années, l’on a vu le gouvernement canadien viser des types de recherche en particulier à travers les agences de financement fédérales et provinciales. Quand les gouvernements produisent des festins de financement pour certaines disciplines et en affament d’autres, les chercheur-e-s et les universités ont moins de liberté pour décider de façon indépendante quels programmes de recherche poursuivre. De plus, lorsque les gouvernements imposent aux universités une exigence de "différenciation" (comme l’on peut le voir en Ontario), ceux-ci enlèvent une partie des décisions au sujet de la mission académique des corps de gouvernance collégiale — une menace de plus à la liberté académique.
    • controverses autour de personnes invitées à donner une conférence sur le campus : l’on a pu voir récemment dans les médias et sur les médias sociaux des flambées au sujet de personnes ou d’événements controversés sur les campus et autour de protestations autour de l’invitation de certaines personnes à venir donner une conférence dans une université. Bien que je pense que les menaces à la liberté académique énumérées plus haut sont plus inquiétantes que ces controverses, il est important de reconnaître qu’une grande partie du public et plusieurs personnes au sein du gouvernement sont profondément inquiètes à propos de ce qu’ils conçoivent comme un refroidissement de la liberté d’expression sur les campus. Il ne fait pas de doute que certaines tentatives récentes de faire annuler des événements sur le campus constituent une violation de la liberté académique. Et certaines réponses au soi-disant no-platforming (l’idée selon laquelle certaines positions ne sont pas acceptables sur un campus universitaire) constituent elles-mêmes des violations de la liberté académique. Nous creuserons davantage ce sujet dans le dernier billet de cette série.
    • les tentatives d’Internet visant à placer des chercheur-e-s et des programmes de recherche en particulier sur une liste noire : la Professor Watchlist de Turning Point USA nomme et vise à mettre dans l’embarras des professeur-e-s de gauche ; a professeur bien connu de l’Université de Toronto a récemment annoncé, avant d’abandonner, un projet similaire visant à nommer et à mettre dans l’embarras des professeur-e-s, des cours et des programmes ayant des orientations s’apparentant à la justice sociale dans l’espoir de les faire fermer ; et il y a régulièrement des campagnes sur Twitter pour amener des chercheur-e-s d’affiliations politiques diverses à se faire renvoyer. (Parfois, ces efforts vont au-delà de tentatives de faire renvoyer une personne et s’étendent à des menaces physiques contre ces chercheur-e-s et leurs familles.)


    Les philosophes peuvent aider


    Le besoin de faire la promotion de la liberté académique est urgent. Les philosophes peuvent aider en ce sens. Cependant, il y a eu relativement peu de travail récent sur la liberté académique produit par des philosophes.


    Voici quelques philosophes qui ont fait des contributions récentes à notre compréhension de la liberté académique et au sujet, distinct mais relié, de la liberté d’expression sur le campus. (Je ne suis pas en accord avec tous, mais les contributions mentionnées ci-dessous valent toutes la peine d’être lues.)


    • Le blogue de Sara Ahmed, feministkilljoys, s’intéresse souvent à des enjeux liés à la liberté académique et à la liberté d’expression sur le campus ainsi que leur intersection avec des questions d’équité et de justice sociale. En voici un particulièrement bon exemple.
    • Dans le dernier bulletin de la Society for Academic Freedom and Scholarship, Christina Behme offre une analyse réfléchie sur l’existence (ou non) d’une crise de la liberté d’expression sur les campus.
    • Le nouveau livre de la philosophe politique Sigal Ben-Porath, Free Speech on Campus, déploie le concept "inclusive freedom" (liberté inclusive) dans le but d’équilibrer les considérations liées à la liberté de parole et le besoin de protéger les groupes vulnérables sur les campus.
    • Joe Heath écrit parfois sur la liberté d’expression sur les campus sur son blogue In Due Course. En voici un exemple.
    • L’article de 2007 d’Alison Jaggar “Teaching in Colorado: Not a Rocky Mountain High; Academic Freedom in a Climate of Repression” (Teaching Philosophy, vol. 30, no. 2, pages 149–172) propose une discussion des défis liés à la liberté académique dans le contexte actuel.
    • Le Bleeding Heart Libertarian Jacob Levy a une conférence dont le titre est “Safe spaces, academic freedom, and the university as a complex association” où il présente son travail, parmi le travail le plus judicieux que j’aie vu sur ces questions.
    • Le président Mark Mercer de la Society for Academic Freedom and Scholarship donne souvent son point de vue sur la liberté académique — autant sur le site site web de la SAFS que dans les médias.


    Enfin, et ce n’est pas le moindre, depuis janvier j’écris des billets de blogue quotidiennement sur Daily Academic Freedom et je tweete au sujet de la liberté académique en utilisant le mot-clic #dailyacademicfreedom. Écrire des billets de blogue tous les jours est un investissement massif de temps, mais je continue de le faire parce qu’il me semble que, en 2018, il est essentiel d’augmenter la "littéracie au sujet de la liberté académique", autant des personnes faisant partie de la communauté académique que des membres du public. J’espère que d’autres philosophes canadien-ne-s se joindront à moi pour faire ce travail.



    Shannon Dea est professeure agrégée en philosophie à University of Waterloo. Elle travaille en histoire de la philosophie, en philosophie du sexe et du genre, sur l’enseignement et l’apprentissage et en philosophie sociale. Elle est l’auteure de Beyond the Binary : Thinking About Sex and Gender (Peterborough : Broadview, 2016).


    La traduction en français de ce billet a été effectuée par Guillaume Beaulac, chercheur en philosophie et en sciences cognitives, travaillant en philosophie des sciences cognitives, sur la pensée critique et en l’épistémologie (surtout sociale et appliquée).